1001 bulles, c’est fini...

Les enfants de l’école, en vacances, avaient laissé les classes aux mains des magiciens du collectif "Articule". Ils avaient laissé pour consigne illustrée de faire éclore leur chimère de l’océan et de la jungle, de construire pour ce dernier week-end de février les bulles qui viendraient contenir les milles bulles des trois milles bandes dessinées regroupées pour l’occasion depuis les communes de la vallée.

Les pupitres ont alors laissé la place aux sofa, poufs, divans, fauteuils à oreilles et autres voltaires. Les abécédaires, les listes des prénoms, des jours et des mois, les contrats de bien vivre ensemble se sont couverts de cartes aux géographies inversées, de frondaisons d’algues brune ou rouge, de gouaches portraitisant les animaux des fonds abyssaux ou de frondes de fougère découpées laissant entrevoir une paire d’yeux jaune aux pupilles curieuses. Les carreaux pythagoriciens se sont recouverts pour un temps de moëlleux tapis de laine, ils ont perdu leur orthogonalité pour des trames tissées de transparence et de fils de couleur, ou ont accueillis sur leur platitude les ventres rebondis d’une multitude de coussins.

Et pendant toutes ces heures, ces temps en suspension durant ces trois jours et ces deux nuits, chacun emporté dans sa bulle, bercé par le bleuté silencieux ou blottis sous l’ombre verte de la canopée, tous et toutes se sont immergés dans le silence, se sont lovés dans ces mondes immaginaires, se sont incrustés dans les dessins des pages qui défilaient sous leur doigts avides et silencieux.

Ce lundi, les tapis sont roulés, les coussins dégonflés, les meubles déménagés, les BD ont regagné leurs caisses et rayonnages. L’école retrouve son visage habituel.